« L’art d’induire en erreur »

Actualités politiques

11 avril 2012

Le commentaire intitulé «L’art d’induire en erreur» de Manon Cornellier dans le Devoir de ce matin est sans ambigu. Nous citons un long extrait :

« Qu’ont en commun les dossiers de l’assurance-emploi et des F-35? La confusion qui les entoure et qu’entretient soigneusement le gouvernement Harper. Ce ne sont pas les seuls dossiers à en souffrir, mais l’espace étant restreint, je m’en tiendrai à ces deux-là. Plus précisément, à quelques éléments de ces dossiers.

[…] »

« L’assurance-emploi maintenant. Dans une chronique récente, je me penchais sur un changement apporté aux règles gouvernant les revenus gagnés par des prestataires. Je montrais comment les plus pauvres seraient les plus pénalisés. Eh bien, c’est pire que ne le laissaient croire les explications, visiblement erronées, fournies lors du huis clos du budget. [C’est nous qui soulignons]

« Deux lecteurs vigilants m’ont alertée d’une nuance fondamentale qui m’avait échappé. Depuis 2008, un prestataire peut, sans pénalité, gagner le plus haut des deux montants suivants: 75 $ ou l’équivalent de 40 % de ses PRESTATIONS. Le budget modifie cette règle de deux manières. Le montant plancher de 75 $ disparaît et les prestataires qui travailleront quelques heures verront à l’avenir leurs prestations amputées de la moitié du REVENU GAGNÉ, que ce revenu représente l’équivalent de 10, 30 ou 50 % de ses prestations.

« Le gouvernement prétend pourtant que «les prestataires d’assurance-emploi auront donc toujours avantage à accepter du travail, car ils pourront garder une plus grande part de leurs gains pendant qu’ils touchent des prestations». C’est faux, surtout pour les plus petits salariés.

« Voici comment la nouvelle règle se traduit pour une personne recevant 200 $ de prestations hebdomadaires. Jusqu’à présent, elle pouvait gagner jusqu’à 80$ (l’équivalent de 40 % de ses prestations) sans être pénalisée. Passé ce seuil, ses prestations étaient réduites. À l’avenir, même si elle ne gagne que 80 $, elle perdra au change. Ses prestations seront amputées de 40 $ (50 % du revenu gagné), ce qui veut dire qu’elle n’aura en poche que 240 $ et non plus 280 $.

« En fait, à cause de l’absence de ce plancher de 75 $, une personne qui gagne seulement 20 $ perdra automatiquement 10 $ en prestations. Ceux qui gagnent le moins seront ceux qui perdront le plus, mais ça, le budget ne le dit pas. En fait, il tente de faire croire le contraire.

« ***

« Le plus désolant est qu’il en est ainsi dans la grande majorité des dossiers. Le gouvernement Harper garde le silence sur ses chiffres (comme le coût de la loi omnibus en matière de justice). Il refuse de partager les analyses en appui de ses décisions (comme dans le cas de la Sécurité de la vieillesse). Il esquive les questions (sur à peu près tout, en particulier l’environnement).

« Les conservateurs veulent rarement expliquer ce qu’ils font, ils préfèrent le vendre. À tout prix. Quitte, bien souvent, à mentir, à taire, à déformer ou nier les faits, à discréditer et à museler les critiques, à attaquer ceux qui osent poser des questions. Ce qui aboutit à un climat constant d’affrontement et à de trop rares débats sérieux. »

 

Pour sa part, sa collègue éditorialiste, Josée Boileau accuse les conservateurs de mentir  au sujet de F-35, dans son éditorial «F-35 – Ils mentent». De même que le caricaturiste du même journal, Garnotte avec son«Mackay connaissait depuis deux ans le coût réel des F-35».

Garnotte, Le Devoir, 11 avril 2012

 

 *

Pierre Céré, porte parole du CNC a ajouté ce commentaire à la chronique de Manon Cornellier:

« Tout à fait d’accord avec Manon Cornellier.

« Ajoutons qu’à cette nouvelle façon d’établir le calcul du gain admissible, portant préjudice au monde, d’autres annonces ont été faites dans le budget, au regard de l’assurance-emploi, par exemple le dépôt prochain de nouvelles mesures législatives qui vont imposer de nouvelles obligations quant aux preuves à fournir sur la recherche d’emploi (on peut s’attendre au pire) et à l’abolition prochaine du conseil arbitral, tribunal administratif qui serait remplacé par une nouvelle instance (on peut encore s’attendre au pire).

« Pour notre part, nous croyons que le régime fédéral de l’assurance-emploi a failli à ses devoirs et que nous devrions rapatrier tout ça au Québec, pour créer notre propre programme d’assurance-chômage.

« Nous avons publié un article, «Les conservateur sont à l’œuvre!», la semaine dernière sur l’ensemble de cette question

 

En construction

Actualités politiques

10 avril 2012

Le site du CNC passe à l’ère du web 2.0 et pour se faire, refait son site à l’aide du logiciel libre WordPress.

À suivre… d’heure en heure, de jour en jour.

Les conservateurs sont à l’œuvre !

Actualités politiques

4 avril 2012

par Pierre Céré

Porte-parole du Conseil national des chômeurs (CNC)

Nous avons déjà qualifié, par le passé, le régime d’assurance-emploi de « monstre à mille têtes ». Il faut croire que l’œuvre est toujours en construction : le budget Flaherty du 30 mars dernier s’y inscrit en complète concordance. Ainsi, dans ce vaste budget s’étalant sur plusieurs centaines de pages aux fins de nous expliquer l’austérité et les compressions, il y avait tout un train de mesures annoncées quant au programme d’assurance-emploi. Nous sommes à la fois inquiets et en colère.

Rappelons que ce gouvernement a fait disparaître, en tout légalité, il y a deux ans, le surplus cumulatif du compte d’assurance-emploi qui s’élevait alors à 57,2 milliard de dollars (Rapport de contrôle et d’évaluation 2009 produit par la Commission de l’assurance-emploi du Canada), argents qui avaient été détournés par le gouvernement mais que la Commission continuait à comptabiliser comme dette envers elle.

Pour arriver à ses fins, le ministre Flaherty avait alors, dans le cadre de la loi budgétaire de mars 2010, aboli le « compte d’assurance-emploi » pour créer, à côté et dans la même loi, un nouveau compte, celui des « opérations d’assurance-emploi ». Ce faisant, il remettait les compteurs à zéro. Magnifique opération d’effacement d’une dette, celle d’un gouvernement envers les travailleurs et les employeurs cotisants. Depuis lors, le compte des opérations d’assurance-emploi, à cause de la crise de 2008-2009, enregistre des déficits, et c’est maintenant ce dernier qui a une dette envers le gouvernement. Admirons au passage la beauté de l’œuvre…

Et les conservateurs ne semblent pas presser de rééquilibrer les choses. Toujours en 2010, par exemple, nous avons connu le plus bas taux de cotisation depuis 30 ans ! Comme si on voulait faire le contraire d’une recherche d’équilibre, tel que recommandé par les actuaires. Comme si on voulait, encore une fois, verrouillé à la baisse ce programme. Les mesures annoncées dans le budget 2012 s’inscrivent d’ailleurs dans cette logique.

Prenons la question du « gain admissible » prévu à l’assurance-emploi : une personne qui reçoit des « prestations de chômage » peut travailler à temps partiel et conserver une partie de son gain. C’était 25% du taux de prestations avec un plancher de 50$; c’est aujourd’hui 40% avec un plancher de 75$; cela deviendra, avec l’annonce faite lors du budget, 50%, mais sans plancher! Ceux qui reçoivent les prestations les moins élevées verront immédiatement celles-ci affectées à la baisse.

On nous annonce aussi pour 2013 une nouvelle méthode de calcul du taux de prestations qui conserverait le même caractère arbitraire d’un calcul variant selon le taux de chômage régional, imposant ainsi des iniquités d’un endroit à un autre, aux guises des saisons.

Surtout, le gouvernement Harper nous avise du dépôt prochain de nouvelles mesures qui viendraient modifier la loi « afin d’étoffer et de préciser les obligations des personnes qui reçoivent des prestations régulières d’assurance-emploi et cherchent du travail » (chapitre 3.3 du budget). En langage clair, il y aura plus d’enquêtes, plus de contrôle, plus de mesures vexatoires, plus de coupures de prestations… Chemin faisant, on nous annonce une refonte du droit d’appel et des tribunaux administratifs « en remplaçant l’actuel système de tribunaux administratifs visant les principaux programmes fédéraux de sécurité sociale par un organe décisionnel à guichet unique » (p. 307 du budget)

Le comportement de ce gouvernement est inquiétant. Les Québécois le savent et l’ont clairement exprimé lors des élections du 2 mai 2011.

Pour notre part, après plus d’une vingtaine d’années à combattre toutes ces mesures régressives imposées à l’assurance-emploi, par tous les gouvernements qui se sont succédés à la tête de l’État canadien, nous croyons qu’est venu le temps de réfléchir sérieusement, dans tous les secteurs de la société, au possible rapatriement au Québec du régime d’assurance-emploi. Nous pouvons faire mieux, et nous l’avons amplement démontré sur d’innombrables sujets, comme la mise en place il y a quelques années de notre propre régime d’assurance parentale.

Nous ne sommes pas fatigués mais plutôt écœurés de nous battre contre un système qui n’a démontré aucune écoute, aucune ouverture, aucune sensibilité. L’assurance-emploi, nous l’avons toujours cru, doit servir à protéger économiquement les travailleurs qui perdent leur emploi. C’est une mission simple mais combien importante et structurante. Ottawa ne veut pas agir en ce sens ? Passons à autre chose !

(Cet article a été publié dans la section « Opinion » du quotidien Le Soleil, le dimanche 8 avril 2012.)

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